Yoanna

Princesse

2015

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Si certaines chanteuses font commerce des bobos de la vie en en brodant et lissant de belles rimes, Yoanna fait des croches-pieds et double-croches à l'existence, la malmenant, l'exorcisant, crachant ses mots et ses maux sans manières ni anesthésie, avec l'élégance de l'honnêteté et du talent plus qu'il n'en faut. Les chansons de Yoanna ne sont pas pierres polies : elles ont dans leurs fibres le rugueux de la vie, le cuir tanné des peaux meurtries caressées à l'émeri. C'est plein de bleus et de plaies (Pour un con), des vies crayonnées d'un trait vif et précis, incisif, burinées au fusain, surlignées au scalpel.

Regard sur soi (Nos corps), sur les autres, comme ce Sans couenne qui fait se cogner la détresse et le dédin. Misérables et puissants se croisent sur les plages de Yoanna mais « quand on est pauvre on est rien. » Le chronique politique est saisissante et sans appel (Le roi, Votations).

C'est dans le sombre que Yoanna est plus encore lumineuse, qu'elle éclaire d'en dedans ce qu'elle est, ce que nous sommes : nos petites conditions, nos angoisses, nos peurs, cette carcasse qui nous charpente tant bien que mal, qu'on supporte et qu'on chipote.

C'est dans l'urgence et avec une rare force de frappe que, textes et compos, Yoanna a travaillé tout l'été 2013 sur cet album, son troisième, après Moi bordel ! (2008) et Un peu brisée (2012). Comme l'urgence qui préside à toute naissance, d'autant qu'elle voulait l'avoir terminé avant d'accoucher de son nouveau bébé (Voici venu). Travail à Grenoble, partagé avec Frédéric Monestier à la réalisation, à la prise de son, au mixage, au mastering, aux bidouillages et aux valdingages : lui aussi force de frappe peu commune. Avec, au violoncelle et aux choeurs, Marion Ferrieu, la complice de toujours. Bel artisanat de mots et de notes, d'émotions et d'angoisses imbriqués.

Les programmateurs hésiteront encore sur l'étiquette à coller au produit fini. Quel code-barre pour cette musique hybride qui emprunte tant au hip-hop qu'au classique, lorgnant même guinguette ou jazz ? Encore que résumer à ces seuls genres cette musique nerveuse et scandée, ce groove qui allie la programmation aux cordes du violoncelle et aux touches du soufflet, gainant les mots de chaud, est déjà une aventure en soi.

Autoproduit, ce disque poursuit, accentue même, une vraie démarche d'indépendant, de liberté, d'authenticité. Pas une note qui ne soit pas voulue, pas de faute de goût sur les textes et, s'il n'y a pas une chanson plus en avant qu'une autre, pas de single pour un titre plus accrocheur, il faut voir – surtout entendre – en cette Princesse, un album pleinement abouti, essentiel.

Michel Kemper

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