Yoanna

Biographie

Un uppercut. En 2009, avec son album “Moi Bordel” où elle abordait d’emblée des thèmes aussi casse-gueule que l’inceste ou l’avortement, Yoanna, 23 ans à l’époque, débarquait avec tumulte dans le paysage de la chanson francophone, l’accordéon en bandoulière. Son instrument fétiche qui l’accompagne sur les planches musicales depuis qu’elle a quitté sa Suisse natale à 16 ans, dans des bistrots d’abord, puis sur des scènes de moins en moins confidentielles, le succès de “Moi bordel” aidant.

Déjà, lorsqu’elle écrit ses premiers textes à 18 ans, c’est avec son piano à bretelles que cette auteure-compositeure-interprète pose ses mélodies sur des mots où la colère affleure en permanence. La musique a eu un effet « libérateur » après une adolescence plus que chahutée, se souvient-elle. « Et puis j’avais des trucs à dire… ». C’est toujours le cas aujourd’hui. Même si au fil des années et des albums (“Un peu brisée” en 2012, “Princesse” en 2015 et “2e sexe” cet automne), son écriture, très « instinctive » au départ, « presqu’animale », a évolué. « J’y prends plus de plaisir, je suis plus à l’aise avec les mots, je vais jouer avec les pronoms, les temps… et m’amuser à brouiller les pistes ». Idem dans la composition : après avoir débuté « un peu à l’ancienne », en écrivant ses textes avant de les mettre en musique, aujourd’hui elle trafique des sons à l’ordi, des boucles de percus, crée des ambiances et une atmosphère musicale.

Côté textes, Yoanna continue à suivre le sillon qu’elle creuse depuis plus de 15 ans : un peu apaisée mais surtout pas assagie, elle est toujours prête à lever la plume et le poing face aux petites et grandes médiocrités de ce monde, qu’il s’agisse des femmes qu’on abaisse et qu’on harcèle, de l’environnement déglingué, du pouvoir de l’argent, de la course à la rentabilité… Et toujours, aussi, ce besoin viscéral de s’affranchir des conventions, d’affirmer sa liberté d’être et de faire, un moteur essentiel pour elle qui a toujours veillé sur son indépendance artistique en auto-produisant tous ses disques.

Après l’album “Princesse”, en 2015, qui « n’a pas fonctionné », confie-t-elle, elle entre dans une phase de remise en question. « J’étais un peu bloquée. J’avais aussi envie de prendre des vacances avec moi-même ». L’aventure Marre-Mots, une escapade dans le monde de la chanson pour enfants, lui en donne l’occasion. Elle s’y lance avec enthousiasme et, toujours, ce sens inné du contre-pied : « on pensait faire un truc hyper gentil pour les gamins et finalement on est parti sur les émotions avec des chansons sur la mort, sur l’homoparentalité, sur les gros mots, plein de sujets qui dérangent ». Mais qui tapent juste : Yoanne enchaîne quelque 200 concerts en deux ans. Une période durant laquelle elle laisse de côté l’écriture en solo. « Je ne sais pas comment font les gens pour écrire en tournée, je n’y arrive pas… J’ai besoin de me poser… ».

Manque de temps, d’énergie, d’inspiration. Le mouvement #metoo joue le rôle de l’étincelle qui rallume définitivement la mèche, toujours prête à s’enflammer chez Yoanna, qui n’a pas attendu la libération de la parole des femmes pour balancer la sienne sans détours. Un franc-chanter à retrouver et à écouter d’urgence sur son dernier album, “2e sexe”.

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